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Le marché de l’or hésite entre refuge géopolitique et pression des taux
Entre le 17 et le 23 mai 2026, les métaux précieux ont traversé une semaine particulièrement instable. Après la forte correction provoquée par les chiffres d’inflation américains la semaine précédente, le marché a tenté de retrouver un équilibre entre deux forces opposées : d’un côté des tensions géopolitiques toujours présentes autour de l’Iran et du détroit d’Ormuz, de l’autre des rendements obligataires américains élevés et un dollar qui reste solide. Résultat : l’or a alterné rebonds et rechutes sans parvenir à reprendre une tendance claire.
Le fait marquant de la semaine est justement cette hésitation du marché. Reuters résumait parfaitement cette situation le 20 mai : les tensions géopolitiques soutiennent la demande refuge, mais les anticipations de taux élevés limitent fortement les gains des métaux précieux.
Autrement dit, l’or reste protégé par l’incertitude mondiale… mais il peine à véritablement repartir tant que le marché obligataire américain continue d’offrir des rendements élevés.
À retenir cette semaine
- L’or a oscillé sans tendance claire entre soutien géopolitique et pression monétaire.
- Les rendements américains restent proches de leurs plus hauts récents.
- Le pétrole est resté au-dessus de 100 dollars malgré plusieurs discussions diplomatiques.
- Les banques centrales continuent d’acheter de l’or selon le World Gold Council.
- L’argent a continué d’afficher une volatilité supérieure à celle de l’or.
- Les marchés surveillent désormais davantage les rendements obligataires que la Fed elle-même.
Les taux américains continuent de bloquer l’or
Le principal frein du marché cette semaine reste venu des obligations américaines. Reuters indiquait le 21 mai que les rendements du Trésor américain se maintenaient près de leurs plus hauts niveaux depuis plusieurs mois après les dernières statistiques inflationnistes. Le rendement du 10 ans est resté autour de 4,6 %, un niveau historiquement élevé pour les marchés modernes.
Pour l’or, le mécanisme est devenu très clair depuis plusieurs semaines :
- plus les rendements montent,
- plus les obligations américaines deviennent attractives,
- et plus les actifs sans rendement, comme l’or, perdent une partie de leur intérêt immédiat.
Reuters expliquait ainsi le 20 mai que les investisseurs continuaient d’intégrer le scénario “higher for longer”, c’est-à-dire des taux élevés pendant une période prolongée.
Cette lecture du marché est importante : les investisseurs ne regardent plus uniquement la prochaine décision de la Fed. Ils observent surtout l’ensemble de l’environnement obligataire américain et sa capacité à maintenir durablement des rendements élevés.
Le pétrole reste le moteur indirect du marché de l’or
Comme depuis le début des tensions autour de l’Iran, le pétrole reste au cœur des arbitrages macroéconomiques. Reuters indiquait le 19 mai que le Brent restait au-dessus de 102 dollars, malgré plusieurs signaux diplomatiques contradictoires autour des discussions avec Téhéran.
Le marché a bien compris qu’un pétrole durablement élevé peut maintenir :
- une inflation forte,
- des coûts de transport élevés,
- et donc des taux élevés plus longtemps.
C’est précisément cette chaîne de transmission qui pèse aujourd’hui sur l’or. Le métal jaune reste considéré comme une valeur refuge géopolitique, mais il subit simultanément les conséquences monétaires de cette même crise énergétique.
Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank cité par Reuters, résumait cette contradiction :
Gold still finds support from geopolitical uncertainty, but yields are preventing a stronger breakout.
Cette phrase résume probablement toute la semaine.
Le dollar reste solide malgré quelques hésitations
Le dollar américain a lui aussi continué de jouer un rôle central. Même s’il n’a pas fortement progressé cette semaine, il est resté à des niveaux élevés après le choc inflationniste de début mai. Reuters expliquait le 22 mai que les investisseurs continuaient de privilégier les actifs libellés en dollars face aux incertitudes géopolitiques et aux tensions sur les matières premières.
Pour l’or, cette situation est délicate :
- un dollar fort soutient l’attractivité des actifs américains,
- réduit le pouvoir d’achat des investisseurs étrangers sur l’or,
- et ralentit mécaniquement les rebonds du métal jaune.
Cette semaine illustre parfaitement ce phénomène : malgré un environnement géopolitique favorable aux actifs refuges, l’or n’a jamais réussi à retrouver une véritable dynamique haussière.
Les banques centrales continuent toutefois de soutenir le marché de fond
Malgré cette pression de court terme, plusieurs signaux structurels restent favorables au marché de l’or. Le World Gold Council rappelait cette semaine que les achats de banques centrales demeurent robustes en 2026, notamment dans plusieurs pays émergents cherchant à réduire leur dépendance au dollar.
Le WGC explique également que les achats institutionnels restent soutenus même après les fortes variations de prix observées depuis avril. Cela confirme une tendance de fond déjà visible depuis plusieurs années : l’or reste utilisé comme outil de diversification stratégique dans un environnement international jugé plus fragmenté et plus instable.
Ce socle d’achats ne suffit pas toujours à empêcher les corrections hebdomadaires, mais il contribue à limiter les décrochages plus violents.
L’argent reste le métal le plus nerveux
Comme souvent dans les périodes d’incertitude macroéconomique, l’argent a montré une volatilité supérieure à celle de l’or. Kitco et Reuters soulignent que le métal blanc continue d’être tiraillé entre :
- son rôle de valeur refuge,
- et sa forte exposition industrielle.
Quand les marchés craignent simultanément :
- une inflation persistante,
- des taux élevés,
- et un ralentissement économique potentiel,
l’argent devient souvent beaucoup plus instable que l’or. Cette semaine encore, les mouvements intraday sur l’argent ont été nettement plus importants que sur le métal jaune.
Cette sensibilité explique pourquoi l’argent attire davantage les investisseurs recherchant des mouvements rapides, mais aussi pourquoi il peut corriger brutalement lors des phases de tension sur les marchés obligataires.
Analyse LCDOR
Cette semaine du 17 au 23 mai 2026 confirme une évolution importante du marché des métaux précieux : la géopolitique ne suffit plus, à elle seule, à déclencher un grand mouvement haussier sur l’or.
Le premier enseignement est que le marché regarde désormais prioritairement les conséquences économiques des tensions géopolitiques :
- inflation,
- pétrole,
- rendements obligataires,
- politique monétaire.
Autrement dit, la crise iranienne influence surtout l’or à travers son impact sur l’énergie et les taux américains.
Le deuxième point important concerne les rendements obligataires. Tant que les taux américains resteront proches de leurs plus hauts récents, il sera difficile pour l’or de retrouver une dynamique haussière durable, même dans un contexte international tendu.
Enfin, malgré cette phase d’hésitation, le socle structurel du marché reste solide. Les achats des banques centrales, la demande de diversification et les inquiétudes géopolitiques de long terme continuent d’offrir un soutien de fond au marché des métaux précieux.
La semaine écoulée montre donc un marché partagé entre deux réalités :
- des tensions mondiales qui soutiennent l’or,
- mais des taux élevés qui empêchent encore une véritable reprise durable.
Sources de l’analyse
À propos de l’auteur
Antoine Bernard est expert en métaux précieux à La Centrale de l’Or depuis 2017. Spécialisé dans l’authentification des pièces d’or françaises et l’évaluation numismatique, il accompagne au quotidien les particuliers et professionnels dans leurs projets d’achat et de revente d’or d’investissement.
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