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Or et chocs pétroliers : ce que 50 ans d’histoire nous apprennent

Or et chocs pétroliers : ce que 50 ans d'histoire nous apprennent

Temps de lecture : 5 minutes

 

Lorsqu’une crise énergétique éclate, deux récits s’affrontent presque immédiatement dans les médias financiers. Le premier annonce une envolée imminente du métal jaune, parce que « l’or est la valeur refuge ultime ». Le second titre sur la baisse paradoxale du cours et conclut que « l’or ne joue plus son rôle ».

Les deux ont tort. Ou plutôt, les deux ont raison, mais à des moments différents.

Car l’histoire des cinquante dernières années révèle un schéma d’une régularité troublante : à chaque choc pétrolier majeur, l’or traverse une séquence en deux temps. Une phase de pression mécanique à court terme, puis une phase de revalorisation souvent spectaculaire dans les mois qui suivent. Comprendre cette mécanique historique change radicalement la manière de lire le marché actuel.

Or et choc pétrolier : une séquence en deux temps
1971-1980 : la décennie qui a tout changé

1971-1980 : la décennie qui a tout changé

Pour bien saisir le contexte, il faut remonter à août 1971. Cette année-là, Richard Nixon met fin à la convertibilité du dollar en or, signant la fin du système de Bretton Woods. L’or, jusque-là officiellement fixé à 35 dollars l’once, est désormais libre de coter selon l’offre et la demande.

Ce qui suit est l’un des plus grands marchés haussiers de l’histoire des matières premières.

 

Premier choc pétrolier en 1973 : l’OPEP décrète un embargo après la guerre du Kippour. Le baril est multiplié par quatre. L’or, lui, passe d’environ 65 dollars fin 1972 à 106 dollars fin 1973, soit une progression de plus de 60 % sur l’année. Puis survient la révolution iranienne de 1979, qui désorganise la production de pétrole. L’or s’envole : en janvier 1980, il atteint un sommet historique à 850 dollars l’once.

Sur l’ensemble de la décennie, le cours est passé d’environ 35 à 850 dollars, soit une hausse d’environ 2 300 %. Une performance que peu d’actifs financiers ont reproduite depuis.

1973 : premier choc pétrolier
1990 : la guerre du Golfe

1990 : la guerre du Golfe, un schéma plus court mais identique

L’invasion du Koweït par l’Irak en août 1990 fait flamber les cours du pétrole en quelques semaines. Réaction immédiate de l’or : une hausse rapide de l’ordre de 10 %, avant une consolidation une fois l’opération militaire achevée.

Le mouvement est moins spectaculaire qu’en 1979, mais la séquence est identique : choc énergétique, anticipation d’inflation, hausse du métal jaune. La différence ? Le conflit est circonscrit, la production pétrolière mondiale absorbe rapidement le choc, et le contexte monétaire — politique de Paul Volcker, dollar fort — limite l’amplitude.

C’est une leçon importante : toutes les crises ne produisent pas la même magnitude de réponse. L’environnement structurel compte autant que l’événement déclencheur.

2001-2011 : la décennie d’or post-11 septembre

Au début des années 2000, l’or cote autour de 250 dollars. Personne ou presque ne s’y intéresse. Les actions technologiques ont monopolisé l’attention dans les années 1990, et le métal jaune sort de deux décennies de purgatoire.

Puis surviennent les attentats du 11 septembre 2001, suivis des guerres en Afghanistan et en Irak, des tensions au Moyen-Orient, et surtout de la crise financière de 2008. Sur cette décennie, l’or passe d’environ 250 dollars à un sommet à 1 921 dollars en septembre 2011. Une multiplication par près de huit.

Ce cycle illustre un point crucial : ce qui propulse durablement l’or, ce n’est pas un événement isolé, c’est la combinaison d’un choc énergétique ou géopolitique avec une réponse monétaire accommodante. En l’occurrence, les baisses massives de taux directeurs et les programmes d’assouplissement quantitatif de la Réserve fédérale après 2008.

2001-2011 : la décennie d'or post-11 septembre
2022 : la guerre en Ukraine et le retour des banques centrales

2022 : la guerre en Ukraine et le retour des banques centrales

L’invasion de l’Ukraine en février 2022 marque une rupture. Le pétrole et le gaz s’envolent, mais surtout, un événement passe quasi inaperçu dans le grand public : les avoirs de la banque centrale russe en dollars et en euros sont gelés par les pays occidentaux.

Le message est entendu par toutes les autres banques centrales mondiales : un actif de réserve qui peut être saisi n’est pas vraiment un actif sûr. La conséquence est immédiate. Selon les données du World Gold Council, les banques centrales achètent plus de 1 000 tonnes d’or par an entre 2022 et 2024, soit deux fois plus que la moyenne des décennies précédentes (400 à 500 tonnes annuelles).

L’or franchit pour la première fois les 2 000 dollars l’once, puis poursuit sa marche jusqu’à dépasser les 4 000 dollars en octobre 2025, et atteindre un sommet à 5 405 dollars en janvier 2026 selon le fixing LBMA.

Le schéma qui se répète : trois enseignements

En croisant ces cinq épisodes historiques, trois constats s’imposent.

l'or réagit en deux temps

Premier enseignement : l’or réagit en deux temps.

À très court terme, un choc pétrolier peut peser sur le métal jaune via la hausse des rendements obligataires, le renforcement du dollar et les arbitrages institutionnels. Mais ce mouvement d’absorption précède quasi systématiquement une phase de revalorisation, parfois beaucoup plus puissante.

Étape 2 : le pétrole fait exploser les anticipations d’inflation.

Ici, attention à la nuance importante. Ce ne sont pas immédiatement les prix à la consommation qui flambent, mais ce que les marchés anticipent en matière d’inflation future. Et sur les marchés financiers, l’anticipation est souvent aussi puissante que la réalité.

l'amplitude de l'or dépend du contexte structurel
la patience est le facteur différenciant pour l'or

Étape 3 : ces anticipations bloquent la Fed.

Avant le choc, la Réserve fédérale américaine évoquait une baisse progressive de ses taux directeurs. Le choc pétrolier a refroidi cette perspective. Les traders intègrent désormais l’hypothèse d’un statu quo, voire d’une hausse selon certains scénarios évoqués par les marchés.

Et l'or en 2026 ?

Et 2026 dans tout cela ?

Le marché actuel coche les cases d’un choc pétrolier classique : conflit au Moyen-Orient, perturbation du détroit d’Ormuz, anticipations d’inflation, Fed sous pression. À ce jour, l’or a effectivement reculé de son sommet de janvier — environ 14 % de correction — comme l’aurait prévu l’analyse historique pour la phase initiale.

Mais le contexte structurel est, sur plusieurs paramètres, plus extrême qu’à n’importe quel cycle précédent. La dette américaine a franchi les 39 000 milliards de dollars en mars 2026, contre environ 500 milliards lors du choc de 1973. Les banques centrales achètent au lieu de vendre. Le marché de l’argent enregistre sa sixième année consécutive de déficit structurel selon le Silver Institute.

Aucun de ces éléments ne garantit la suite — les performances passées ne préjugent jamais des performances futures. Mais l’histoire suggère une chose : juger de la trajectoire d’un métal précieux uniquement sur les trois mois qui suivent un choc pétrolier, c’est regarder la première page d’un livre qui en compte plusieurs centaines.

Cet article a une visée pédagogique et ne constitue pas un conseil en investissement. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures. Pour tout projet d’investissement en métaux précieux, consultez les pages dédiées de LCDOR ou un conseiller spécialisé.

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About Antoine Bernard

Antoine Bernard est expert en métaux précieux à La Centrale de l'Or depuis 2017. Spécialisé dans l'authentification des pièces d'or françaises et l'évaluation numismatique, il accompagne au quotidien les particuliers et professionnels dans leurs projets d'achat et de revente d'or d'investissement. Formation et qualifications 10 années d'expérience dans le négoce de métaux précieux Domaines d'expertise Conseil en investissement or pour particuliers Authentification des pièces d'or Évaluation numismatique (variantes, millésimes, qualités) Contact direct 03 89 46 57 94  contact@lcdor.fr  50 rue de la Sinne, 68100 Mulhouse

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