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Inflation américaine, pétrole et dollar : l’or temporise
Entre le 10 et le 16 mai 2026, les métaux précieux ont brutalement changé de direction. Après le rebond observé début mai, l’or et surtout l’argent ont de nouveau subi une forte pression liée à trois facteurs étroitement liés : la remontée du pétrole, des chiffres d’inflation américaine plus élevés que prévu et un dollar redevenu plus ferme. Résultat : le marché a recommencé à craindre un scénario de taux élevés plus longtemps, ce qui a provoqué une nette correction des métaux précieux.
Le fait marquant de la semaine tient dans cette réactivation du scénario inflationniste. Les investisseurs ont compris que le conflit avec l’Iran ne pesait plus seulement sur le pétrole, mais commençait désormais à se diffuser plus clairement dans les indicateurs économiques américains. Reuters souligne ainsi que la hausse des prix à la production en avril a atteint son rythme le plus élevé depuis 2022, en partie sous l’effet de l’énergie et des coûts de transport
À retenir cette semaine
- Les chiffres d’inflation américaine ont dépassé les attentes.
- Le dollar est remonté à un plus haut de deux semaines.
- Le pétrole est resté au-dessus de 100 dollars avec les tensions autour du détroit d’Ormuz.
- L’or a perdu plus de 3 % sur la semaine, l’argent plus de 4 %.
- Les marchés redoutent désormais des taux élevés plus longtemps.
- Le World Gold Council rappelle toutefois que la demande d’investissement physique reste solide.
L’inflation américaine a ravivé la peur d’une Fed plus dure
Le vrai tournant de la semaine est venu des statistiques américaines. Le 13 mai, Reuters rapportait que le Producer Price Index (PPI) avait bondi de 1,4 % sur un mois, sa plus forte hausse depuis mars 2022. Sur un an, l’indice atteignait 6 %, largement au-dessus des attentes du marché.
Cette publication est arrivée juste après un CPI déjà jugé élevé. Pour les investisseurs, le message a été immédiat : la Réserve fédérale pourrait être contrainte de maintenir une politique monétaire restrictive plus longtemps que prévu. Reuters cite Brian Jacobsen, économiste chez Annex Wealth Management, qui résume bien l’inquiétude du marché :
“The longer prices stay elevated, the more it will bleed through to the consumer.”
Autrement dit, le choc énergétique lié au conflit iranien ne touche plus seulement le pétrole ; il commence à contaminer plus largement l’économie réelle via les coûts de transport, de distribution et de production. Cette idée a profondément modifié le sentiment de marché cette semaine.
Le pétrole et le détroit d’Ormuz restent au cœur du problème
Depuis plusieurs semaines, le marché de l’or réagit moins à la guerre elle-même qu’à ses conséquences économiques. Cette semaine l’a encore confirmé. Reuters indiquait dès le 10 mai que le cessez-le-feu avec l’Iran semblait “on life support”, avec des tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz et un Brent repassé au-dessus de 104 dollars.
Le 15 mai, Reuters expliquait que les rendements obligataires américains grimpaient fortement précisément à cause du pétrole et des craintes inflationnistes liées au Moyen-Orient. Le 10 ans américain remontait vers 4,6 %, tandis que le 30 ans retrouvait ses plus hauts depuis 2025.
Cette mécanique est devenue centrale :
- pétrole élevé,
- inflation persistante,
- Fed plus prudente,
- rendements plus hauts,
- pression sur l’or et l’argent.
Reuters résume parfaitement cette logique le 13 mai en expliquant que “higher rates for longer” restait le principal facteur baissier sur les métaux précieux.
Le dollar a repris l’avantage sur l’or
L’autre élément décisif de la semaine a été le retour de force du dollar. Reuters signalait le 13 mai que l’indice dollar touchait son plus haut niveau depuis fin avril après les statistiques d’inflation américaines.
Pour l’or, ce type de mouvement est généralement négatif. Quand le billet vert se renforce :
- l’or devient plus coûteux pour les investisseurs étrangers,
- les obligations américaines redeviennent plus attractives,
- et les actifs sans rendement, comme les métaux précieux, perdent une partie de leur attrait à court terme.
Reuters rapportait ainsi le 12 mai une baisse de plus de 1 % du métal jaune, directement liée à la remontée du pétrole et du dollar.
Le 15 mai, la correction s’est encore accélérée. Selon Reuters et le Wall Street Journal, l’or a terminé la semaine autour de 4 555 dollars, en baisse de près de 3,5 %, tandis que l’argent chutait de plus de 4 % sur la semaine et de près de 9 % sur une seule séance vendredi.
Peter Grant, stratégiste chez Zaner Metals, résumait clairement la situation :
“Inflation remains sticky and expectations for higher rates for longer were reinforced.”
L’argent a encore amplifié tous les mouvements
Comme souvent depuis le début de la crise iranienne, l’argent a réagi plus violemment que l’or. Reuters et MarketWatch montrent que le métal blanc a subi une correction beaucoup plus brutale lors de la poussée des rendements obligataires vendredi.
Ce comportement n’a rien d’anormal. L’argent reste à la fois :
- un métal précieux,
- mais aussi un métal industriel fortement sensible aux perspectives économiques.
Quand les investisseurs craignent simultanément :
- une inflation persistante,
- des taux élevés,
- et un ralentissement lié au choc énergétique,
l’argent devient souvent le métal le plus vulnérable à court terme. Cette semaine l’a encore illustré parfaitement.
Malgré la correction, le socle du marché reste solide
La semaine a été difficile pour les prix, mais plusieurs éléments montrent que le marché de fond n’a pas disparu. Reuters rappelle qu’une enquête menée auprès de 31 analystes et traders continue d’anticiper un prix moyen de l’or proche de 4 916 dollars en 2026, un record historique dans les prévisions Reuters.
Le World Gold Council continue également de souligner la solidité de la demande d’investissement physique et des achats de banques centrales. Même après les fortes corrections observées depuis le début de la guerre, les achats de diversification restent présents dans plusieurs régions du monde.
Cela ne protège pas les métaux précieux des secousses hebdomadaires, mais cela explique pourquoi chaque correction importante attire encore des acheteurs dès que le marché estime la baisse excessive.
Analyse LCDOR
Cette semaine du 10 au 16 mai 2026 marque probablement un tournant psychologique important. Jusqu’ici, le marché espérait encore qu’un accord avec l’Iran permette un reflux rapide du pétrole et donc une détente sur l’inflation. Les chiffres américains publiés cette semaine ont au contraire renforcé l’idée que le choc énergétique commence à se diffuser plus largement dans l’économie.
Le premier enseignement est donc clair : le marché de l’or reste entièrement dépendant de la trajectoire combinée du pétrole, du dollar et des taux américains. Tant que le brut reste au-dessus de 100 dollars et que l’inflation américaine surprend à la hausse, les métaux précieux resteront vulnérables aux arbitrages en faveur du dollar et des obligations.
Le deuxième enseignement concerne la psychologie des marchés. Les investisseurs ne traitent plus seulement l’or comme une valeur refuge géopolitique. Ils l’arbitrent désormais contre le risque de “higher for longer”. C’est un changement majeur par rapport aux premières semaines du conflit iranien.
Enfin, malgré la violence de la correction, les fondamentaux structurels du marché restent solides. Les achats de banques centrales, la demande physique et les prévisions long terme restent élevées. Cela ne supprime pas la volatilité actuelle, mais cela explique pourquoi les métaux précieux continuent de conserver un socle d’acheteurs même dans les phases de stress les plus fortes.
Sources de l’analyse
À propos de l’auteur
Antoine Bernard est expert en métaux précieux à La Centrale de l’Or depuis 2017. Spécialisé dans l’authentification des pièces d’or françaises et l’évaluation numismatique, il accompagne au quotidien les particuliers et professionnels dans leurs projets d’achat et de revente d’or d’investissement.
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