Blog de l’Or et des Métaux Précieux
Dollar fort, taux élevés : pourquoi l’or reste sous pression malgré le recul du pétrole
La semaine du 21 au 28 juin 2026 confirme que le marché des métaux précieux reste dominé par une équation très macroéconomique. Les avancées dans les discussions entre les États-Unis et l’Iran ont bien fait reculer le pétrole, ce qui aurait pu offrir un vrai soutien à l’or. Mais la Réserve fédérale américaine, le dollar et les anticipations de hausse de taux ont rapidement repris le dessus.
L’or a ainsi touché un plus bas de plus de sept mois en milieu de semaine, passant brièvement sous le seuil symbolique des 4 000 dollars l’once, avant de rebondir légèrement vendredi avec le recul du dollar. Pour suivre cette évolution au quotidien, le cours de l’or reste un indicateur central, mais il doit être lu avec trois variables en tête : pétrole, dollar et rendements américains.
Le fait marquant de la semaine est donc clair : le marché ne regarde plus seulement les tensions géopolitiques. Il observe surtout la manière dont ces tensions modifient l’inflation, la politique monétaire et les arbitrages des investisseurs.
À retenir cette semaine
- L’or a touché un plus bas de plus de sept mois sous les 4 000 dollars l’once.
- Le dollar a atteint un sommet de plus d’un an, pesant sur les métaux précieux.
- Les marchés ont fortement renforcé leurs anticipations de hausse de taux.
- Le pétrole a reculé avec les progrès des discussions États-Unis / Iran.
- L’argent est passé sous les 60 dollars avant de rebondir légèrement.
- La demande physique en Inde a montré des signes de reprise après la baisse des prix.
Le pétrole recule, mais l’or ne repart pas franchement
Le début de semaine aurait pu sembler favorable à l’or. Les discussions entre Washington et Téhéran ont progressé, les États-Unis ont accordé une exemption temporaire de sanctions à l’Iran, et le trafic pétrolier a commencé à reprendre progressivement dans le détroit d’Ormuz.
Le pétrole a immédiatement réagi. Le Brent a reculé, atteignant des niveaux proches de ses plus bas de quatre mois. Normalement, une baisse du pétrole réduit les craintes d’inflation énergétique. Et si l’inflation semble moins menaçante, la Fed peut théoriquement adopter un ton moins restrictif.
C’est pour cette raison que l’or a d’abord tenté de rebondir. Ole Hansen, analyste chez Saxo Bank, a résumé la situation en expliquant que “les prix de l’énergie restent un moteur clé à court terme” pour les métaux précieux. La phrase est importante : elle confirme que le marché de l’or est aujourd’hui moins guidé par les manchettes géopolitiques elles-mêmes que par leurs conséquences sur l’énergie.
Mais le reflux du pétrole n’a pas suffi. Les investisseurs ont rapidement considéré que l’inflation ne disparaîtrait pas aussi facilement, même avec un brut moins tendu. Les perturbations du détroit d’Ormuz, les congestions logistiques, les risques résiduels sur les infrastructures et les faibles niveaux de réserves stratégiques américaines continuent de maintenir un plancher de stress sur l’énergie.
Autrement dit, le marché a bien intégré une amélioration, mais pas une normalisation complète.
Le dollar est redevenu le principal obstacle
Le vrai coup dur pour l’or est venu du dollar. Mardi, le billet vert a atteint son plus haut niveau depuis plus d’un an, sous l’effet des anticipations de hausse de taux. Ce mouvement a mécaniquement pesé sur le métal jaune.
Le mécanisme est simple : l’or est coté en dollars. Quand le dollar se renforce, l’or devient plus cher pour les acheteurs utilisant l’euro, la roupie, le yuan ou d’autres devises. Cette hausse du coût d’achat réduit la demande internationale et limite les rebonds.
Reuters cite Bob Haberkorn, stratégiste senior chez StoneX, qui résume parfaitement le changement de priorité des marchés : “l’or et l’argent ne regardent plus vraiment le Moyen-Orient”, mais davantage ce que la Fed a dit la semaine précédente.
Cette phrase illustre toute la dynamique actuelle. Le dossier iranien reste important, mais il est passé au second plan derrière la politique monétaire américaine. Le marché ne se demande plus seulement si le détroit d’Ormuz va se normaliser. Il se demande surtout combien de temps les taux américains vont rester élevés.
La Fed impose toujours son rythme
La Réserve fédérale américaine reste le véritable arbitre du marché. Après sa dernière réunion, les investisseurs ont fortement revu à la hausse la probabilité d’un relèvement des taux d’ici la fin de l’année. Les marchés ont même intégré une probabilité élevée d’une hausse dès septembre ou décembre, selon les séances.
Pour l’or, c’est un environnement défavorable. Le métal jaune ne verse ni coupon, ni dividende, ni intérêt. Quand les obligations américaines offrent des rendements élevés, une partie du capital institutionnel peut préférer les actifs rémunérés aux métaux précieux.
C’est le cœur du paradoxe actuel : l’or peut rester recherché comme actif de protection à long terme, tout en subissant une pression à court terme lorsque les taux montent.
Le chiffre d’inflation PCE publié en fin de semaine a légèrement apaisé les craintes immédiates, car il est ressorti conforme aux attentes. Cela a permis au dollar de refluer et à l’or de rebondir vendredi. Mais ce rebond ne change pas encore la tendance de fond : les investisseurs restent prudents tant que la Fed ne signale pas clairement un retour vers une politique plus accommodante.
Le seuil des 4 000 dollars a marqué les esprits
Le passage temporaire de l’or sous les 4 000 dollars l’once a constitué un signal fort pour le marché. Ce seuil est à la fois psychologique et technique. Après les records du début d’année, la correction est désormais suffisamment profonde pour modifier le comportement des investisseurs tactiques.
Certains fonds réduisent leur exposition lorsque les seuils techniques se détériorent. D’autres attendent une stabilisation plus claire avant de revenir. Ce type de phase peut provoquer des mouvements brusques : baisse accélérée en milieu de semaine, puis rebond rapide dès que le dollar se détend.
Tai Wong, négociant indépendant en métaux précieux, estime que l’or conserve un support sous les 3 900 dollars, notamment parce que les achats des banques centrales restent présents. Il ajoute toutefois que le métal pourrait entrer dans une période prolongée de consolidation.
Cette lecture est cohérente avec le marché actuel. L’or n’est pas nécessairement en rupture structurelle. Il traverse une phase où les catalyseurs de court terme sont défavorables : dollar fort, Fed restrictive, taux élevés et signaux techniques fragilisés.
L’argent corrige plus brutalement que l’or
L’argent a encore montré sa nature plus nerveuse. En milieu de semaine, le métal blanc est passé sous les 60 dollars l’once, avant de rebondir légèrement vendredi. Le cours de l’argent reste donc particulièrement sensible aux arbitrages de court terme.
Cette volatilité s’explique par sa double nature. L’argent est à la fois un métal précieux et un métal industriel. Il réagit aux mêmes facteurs que l’or — dollar, taux, inflation — mais il est aussi influencé par les anticipations de croissance, la demande industrielle, le solaire, l’électronique et les technologies liées à l’énergie.
Quand le marché se détend, l’argent peut rebondir plus vite que l’or. Mais quand les investisseurs réduisent leur exposition aux actifs sensibles au cycle, il peut corriger plus fortement.
Cette semaine, la baisse de près de 5 % observée sur une séance rappelle que l’argent n’est pas simplement un “petit or”. C’est un actif plus cyclique, plus volatil, et souvent plus réactif aux changements de sentiment.
La demande physique donne un signal intéressant
Malgré la pression sur les cours, un élément mérite attention : la demande physique a commencé à réagir à la baisse des prix. En Inde, l’or s’est négocié avec une prime pour la première fois depuis plusieurs semaines, signe que la correction a ravivé l’intérêt de certains acheteurs.
Ce point est important. Lorsque le prix recule fortement, certains marchés physiques redeviennent plus actifs. Cela ne suffit pas toujours à inverser une tendance de marché dominée par les taux et le dollar, mais cela crée un socle de demande.
La Chine est restée plus prudente, ce qui montre que le marché physique n’est pas homogène. Mais l’Inde rappelle que l’or conserve un rôle culturel, patrimonial et monétaire dans plusieurs régions du monde.
C’est précisément ce qui distingue l’or d’un actif purement financier. Son prix est influencé par les fonds, les taux et le dollar, mais sa demande repose aussi sur des usages patrimoniaux profonds.
Les banques centrales restent un soutien de fond
La correction actuelle ne fait pas disparaître les fondamentaux structurels de l’or. Les banques centrales continuent de diversifier leurs réserves, la dette américaine reste élevée, et la confiance dans les devises de réserve demeure un sujet de long terme.
Le World Gold Council rappelle régulièrement que l’or reste utilisé comme actif de réserve dans un monde fragmenté, où les banques centrales cherchent à réduire certaines dépendances monétaires. Ce soutien n’empêche pas les phases de baisse, mais il contribue à limiter l’idée d’un retournement durable du rôle de l’or.
Dans ce contexte, l’achat d’or doit être compris comme une démarche patrimoniale qui dépasse les variations hebdomadaires. Il ne s’agit pas de réagir à chaque mouvement de marché, mais de comprendre la place que peut occuper l’or dans une stratégie de diversification, avec un horizon adapté et une bonne lecture des cycles.
Analyse LCDOR
La semaine du 21 au 28 juin 2026 montre que les métaux précieux restent pris dans une phase de transition. Le recul du pétrole aurait pu relancer plus franchement l’or. Mais la force du dollar et la hausse des anticipations de taux ont empêché ce scénario de s’installer.
Le premier enseignement est que le marché continue de fonctionner par chaîne de transmission. Une bonne nouvelle géopolitique ne suffit pas. Elle doit se traduire par un pétrole plus bas, une inflation moins forte, une Fed moins restrictive et un dollar plus faible. Cette semaine, seule une partie de cette chaîne s’est matérialisée.
Le deuxième enseignement concerne la Fed. Tant que les investisseurs anticipent des taux élevés, l’or restera sous pression à court terme. C’est une contrainte réelle, mais elle ne remet pas en cause le rôle patrimonial du métal jaune.
Le troisième point concerne l’argent. Sa correction plus marquée rappelle qu’il reste plus volatile que l’or. Mais sa dimension industrielle lui donne aussi une capacité de rebond supérieure lorsque les conditions macroéconomiques se détendent.
Pour LCDOR, cette phase doit être lue avec calme. Les métaux précieux traversent une correction importante, mais les raisons structurelles qui soutiennent l’or à long terme n’ont pas disparu : dette élevée, diversification des banques centrales, incertitude géopolitique, fragilité des devises et besoin de protection patrimoniale.
La baisse actuelle peut donc être comprise comme une phase d’ajustement après un cycle haussier puissant, plutôt que comme une remise en cause du rôle de l’or. Dans ce type de marché, la clé n’est pas de suivre chaque mouvement quotidien, mais de surveiller les bons indicateurs : dollar, taux américains, pétrole et demande physique.
Sources de l’analyse
À propos de l’auteur
Laurent Colas dispose d’une solide expérience dans les marchés financiers, le conseil en investissement et l’accompagnement patrimonial. Après sept années passées chez American Express à Londres comme conseiller financier, il a poursuivi son parcours pendant trois ans à Genève en tant que broker spécialisé dans les produits financiers.
Depuis deux ans et demi, il accompagne les investisseurs de LCDOR dans leurs réflexions autour de l’or, de l’argent et des métaux précieux d’investissement. Son profil financier lui permet d’apporter une lecture claire des dynamiques de marché, en reliant les évolutions des métaux précieux aux grands facteurs macroéconomiques : inflation, taux d’intérêt, dollar, politiques monétaires et tensions géopolitiques.
Formation et qualifications
Laurent Colas est diplômé d’un Mastère Spécialisé en finance de marché de l’ESCP Europe, école membre de la Conférence des Grandes Écoles et bénéficiant d’une triple accréditation internationale.
Domaines d’expertise
- Conseil financier et accompagnement des investisseurs
- Analyse des marchés financiers
- Produits financiers et stratégies de placement
- Lecture macroéconomique des marchés de l’or et de l’argent
- Compréhension des facteurs influençant les métaux précieux d’investissement