Blog de l’Or et des Métaux Précieux
Pétrole, Fed et dollar : l’or reste pris dans un marché à double lecture
La semaine du 7 au 13 juin 2026 a confirmé que le marché des métaux précieux évolue dans un régime beaucoup plus complexe qu’un simple réflexe “guerre = hausse de l’or”. L’or a brièvement rebondi sur les espoirs d’apaisement entre Washington et Téhéran, mais il se dirigeait malgré tout vers une deuxième baisse hebdomadaire consécutive, sous la pression des anticipations de taux élevés, d’un dollar encore solide et d’une inflation américaine redevenue centrale dans les arbitrages des investisseurs.
Le fait marquant de la semaine n’est donc pas seulement le dossier iranien. C’est la manière dont ce dossier est désormais traduit par les marchés : pétrole, inflation, rendements obligataires, dollar, puis seulement ensuite or et argent. En clair, les investisseurs ne regardent plus seulement le risque géopolitique lui-même, mais son impact sur le coût de l’énergie, puis sur la politique monétaire américaine.
À retenir cette semaine
- L’or s’oriente vers une deuxième baisse hebdomadaire consécutive, malgré un rebond vendredi.
- Les marchés intègrent encore un risque de taux américains plus élevés plus longtemps.
- Le pétrole a reculé de plus de 3 % sur espoir d’un mémorandum États-Unis / Iran, mais la situation reste contestée.
- L’or a récemment cassé sa moyenne mobile à 200 jours, un signal technique surveillé par les marchés.
- L’argent a mieux résisté en fin de semaine et se dirigeait vers un gain hebdomadaire.
- Les flux ETF et la demande physique restent des points de fragilité à court terme.
Le pétrole reste le premier domino du marché
Depuis le début du conflit avec l’Iran, le pétrole est devenu le principal canal de transmission entre géopolitique et métaux précieux. Lorsque le brut grimpe, le marché anticipe davantage d’inflation. Cette inflation réduit la probabilité de baisses de taux, voire ravive l’hypothèse d’un durcissement monétaire.
À partir de là, les rendements américains remontent, le dollar se renforce, et l’or subit un coût d’opportunité plus élevé. Reuters résume ce mécanisme en indiquant que l’or reste sous pression depuis le début du conflit, précisément parce que l’inflation alimentée par le pétrole pousse les banques centrales à maintenir des taux élevés.
La fin de semaine a pourtant apporté un début de respiration. Reuters rapporte que le pétrole a reculé de plus de 3 % après l’annonce possible d’un mémorandum entre les États-Unis et l’Iran pour mettre fin à la guerre dans le Golfe. Mais cette détente reste fragile : l’agence iranienne Fars a nié cette hypothèse en citant une source proche des négociations.
Le marché a donc réagi positivement, mais sans basculer dans un scénario de confiance durable. Cette nuance est importante : le marché n’achète pas encore la paix, il achète seulement une probabilité de détente. Tant que cette probabilité n’est pas confirmée, le pétrole peut redevenir un facteur de stress à tout moment.
La Fed domine encore le prix de l’or
Le deuxième moteur de la semaine reste la politique monétaire américaine. Reuters indique que les traders valorisaient environ 57 % de probabilité d’une hausse de taux américaine d’ici décembre, selon l’outil FedWatch du CME. C’est un chiffre très significatif pour l’or, car il montre que le scénario du marché n’est plus seulement “moins de baisses de taux”, mais potentiellement “encore plus de restriction monétaire”.
Peter Grant, vice-président et stratégiste métaux chez Zaner Metals, résume bien cette prudence :
I think that the inflation is going to linger for some time, even if oil prices do come down.
Cette phrase est centrale. Même si le pétrole se détend, le marché n’est pas convaincu que l’inflation va disparaître rapidement. La baisse du brut peut soulager les anticipations, mais elle ne suffit pas à effacer plusieurs mois de hausse des coûts de transport, d’énergie et de production.
Pour l’or, cela signifie que la détente géopolitique ne suffit pas. Il faut aussi que les marchés croient à une détente monétaire. Or, pour l’instant, ce n’est pas encore le cas.
Le signal technique s’est détérioré
La semaine a aussi marqué une rupture plus technique. Reuters rapporte que l’or, après avoir atteint un record de 5 595 dollars en janvier, a reculé d’environ 25 %, touchant récemment un plus bas autour de 4 022 dollars. Surtout, le métal est passé sous sa moyenne mobile à 200 jours pour la première fois depuis deux ans et demi, un niveau désormais vu comme une résistance autour de 4 446 dollars.
Ce point ne change pas les fondamentaux de long terme, mais il modifie le comportement des investisseurs à court terme. Une cassure technique de ce type peut entraîner :
- des ventes automatiques ;
- une réduction d’exposition des fonds ;
- une attente plus prudente avant de revenir sur le marché ;
- une plus grande sensibilité aux prochaines données macroéconomiques.
C’est ce qui explique pourquoi l’or peut rebondir fortement sur une séance, puis rester fragile sur la semaine.
Les ETF et la demande physique affaiblissent le court terme
Autre élément avancé à intégrer : les flux d’investissement ne sont plus aussi favorables qu’au début du cycle. Reuters rapporte que les ETF adossés à l’or ont enregistré 16 tonnes de sorties en mai, puis encore 7 tonnes durant la première semaine de juin.
L’agence ajoute qu’une partie significative des positions ETF se trouve désormais en territoire de perte lorsque le prix passe sous certaines zones techniques, ce qui peut accentuer les ventes défensives.
Dans le même temps, la demande physique reste molle sur certains marchés clés, notamment en Inde où l’or se négocie avec une forte décote saisonnière. Cela prive temporairement le marché d’un relais d’achat important.
Ce point est essentiel : les fondamentaux structurels de l’or restent solides, mais le court terme dépend aussi beaucoup de la liquidité, des ETF, des flux tactiques et de la demande physique immédiate.
L’argent résiste mieux, mais reste plus nerveux
L’argent a affiché un comportement différent. Reuters indique que le métal blanc progressait de 1,2 % à 68,14 dollars l’once vendredi et se dirigeait vers un gain hebdomadaire, alors même que l’or restait en baisse sur la semaine.
Kitco rapportait également un fort rebond des métaux le 11 juin, avec un argent en hausse de plus de 6 % sur la séance, davantage que l’or. Cette surperformance s’explique par la double nature de l’argent : métal précieux, mais aussi métal industriel.
Lorsque le marché commence à envisager une détente du pétrole et une amélioration du sentiment économique, l’argent peut réagir plus vite que l’or.
Mais cette vigueur doit être lue avec prudence. L’argent reste structurellement plus volatil. Il profite davantage des rebonds, mais corrige aussi plus fortement lors des phases de tension.
Analyse LCDOR
Cette semaine du 7 au 13 juin 2026 montre que le marché de l’or n’est pas en train de perdre son statut de valeur refuge. Il traverse plutôt une phase où sa valeur refuge est neutralisée à court terme par la mécanique des taux et du dollar.
Le premier enseignement est que le pétrole reste la variable déterminante. Une détente durable du conflit iranien pourrait soutenir l’or si elle entraîne une baisse du brut, une modération des anticipations d’inflation et un recul du dollar. Mais un simple espoir diplomatique ne suffit pas encore à inverser la tendance.
Le deuxième enseignement concerne la Fed. Tant que le marché anticipe un maintien prolongé des taux élevés, voire une probabilité de hausse d’ici la fin de l’année, l’or restera plafonné. C’est le cœur du paradoxe actuel : l’environnement géopolitique est favorable à l’or, mais l’environnement monétaire lui reste défavorable.
Enfin, le troisième point est plus stratégique : la correction actuelle ne remet pas nécessairement en cause le récit structurel. Les déficits budgétaires, les risques géopolitiques et les achats des banques centrales continuent de soutenir l’argument long terme pour l’or. Mais à court terme, les prix peuvent rester dans une zone de consolidation tant que les nouveaux catalyseurs ne sont pas clairement identifiés.
Pour le lecteur LCDOR, la grille de lecture est donc la suivante : surveiller moins les manchettes de guerre que les trois vraies variables de transmission — pétrole, dollar, rendements américains. Ce sont elles qui diront si le rebond de l’or est une simple respiration technique ou le début d’une phase plus constructive.
Sources de l’analyse
À propos de l’auteur
Laurent Colas dispose d’une solide expérience dans les marchés financiers, le conseil en investissement et l’accompagnement patrimonial. Après sept années passées chez American Express à Londres comme conseiller financier, il a poursuivi son parcours pendant trois ans à Genève en tant que broker spécialisé dans les produits financiers.
Depuis deux ans et demi, il accompagne les investisseurs de LCDOR dans leurs réflexions autour de l’or, de l’argent et des métaux précieux d’investissement. Son profil financier lui permet d’apporter une lecture claire des dynamiques de marché, en reliant les évolutions des métaux précieux aux grands facteurs macroéconomiques : inflation, taux d’intérêt, dollar, politiques monétaires et tensions géopolitiques.
Formation et qualifications
Laurent Colas est diplômé d’un Mastère Spécialisé en finance de marché de l’ESCP Europe, école membre de la Conférence des Grandes Écoles et bénéficiant d’une triple accréditation internationale.
Domaines d’expertise
- Conseil financier et accompagnement des investisseurs
- Analyse des marchés financiers
- Produits financiers et stratégies de placement
- Lecture macroéconomique des marchés de l’or et de l’argent
- Compréhension des facteurs influençant les métaux précieux d’investissement