Blog de l’Or et des Métaux Précieux
Tarifs, dollar, Iran : la semaine où le “risque politique” a remis l’or au centre du jeu
Du 23 au 28 février 2026, les métaux précieux ont été tirés par un même moteur : l’incertitude politique, redevenue un facteur de prix majeur. Entre flou autour des tarifs douaniers américains, réajustements du dollar, et montée des tensions autour des discussions États-Unis / Iran, l’or s’est rapproché de ses sommets récents tandis que l’argent suivait avec plus d’amplitude.
Tarifs et incertitude : quand la politique devient un catalyseur “refuge”
Lundi 23 février, l’or a bondi à un plus haut de trois semaines, soutenu par une nouvelle vague de demande refuge. Le déclencheur : la confusion née de la séquence “justice + politique” autour des droits de douane, avec un climat de marché qui a privilégié la protection.
Dans ce contexte, l’intérêt n’est pas tant le niveau exact d’un tarif, mais la perte de visibilité : quand le marché ne peut plus “pricer” un scénario commercial stable, la prime de risque remonte… et l’or redevient une forme d’assurance.
Jeffrey Christian (CPM Group) résume très bien l’état d’esprit du moment, en expliquant que l’activité, ralentie pendant certaines périodes, pourrait s’intensifier rapidement quand le marché “se réveille” :
« With markets quieter during the Lunar New Year, our expectation is that gold prices could rise sharply this week once activity picks up. »
Plus l’activité revient, plus les flux peuvent accentuer les mouvements, surtout quand le marché est déjà tendu.
Le dollar reprend son rôle d’interrupteur : correction, prises de bénéfices… puis soutien
Mardi 24 février, changement de ton : l’or recule depuis ses plus hauts récents, sous l’effet combiné de prises de bénéfices et d’un dollar plus ferme.
C’est un mécanisme simple à garder en tête :
- un dollar qui se renforce rend l’or “plus cher” pour les acheteurs hors zone dollar,
- et quand les prix viennent de monter vite, les prises de profits deviennent plus probables.
Jim Wyckoff (Kitco) explique d’ailleurs que le mouvement ressemble davantage à une respiration qu’à un retournement :
« Gold prices (had been) trending higher again so I suspect this is just a corrective pullback. »
Le marché corrige l’excès, sans annuler le fond du scénario (incertitude et demande refuge).
Toujours selon Wyckoff, le point crucial est que, proches des records, les prix ont besoin d’un nouveau catalyseur pour franchir à nouveau les plus hauts, un rappel important dans un contexte où l’or est déjà “cher” en termes de dynamique.
Géopolitique : la prime de risque se recompose autour des discussions États-Unis / Iran
Cette semaine, la géopolitique n’a pas seulement été un bruit de fond : elle a pesé directement sur la demande refuge. Reuters mentionne des discussions États-Unis / Iran prolongées, avec un climat d’incertitude sur le risque d’escalade.
Vendredi 27 février, l’or se rapproche d’un plus haut d’un mois et s’oriente vers un septième mois consécutif de hausse, porté par :
- tensions géopolitiques persistantes,
- rendements américains plus souples,
- et un marché toujours “risk-off” par moments.
Phillip Streible (Blue Line Futures) met des mots très clairs sur le climat de fin de semaine :
« There’s a lot of nervousness surrounding geopolitics… so it’s a risk-off in a flight to safety. »
Même si les négociations avancent, l’absence de solution nette entretient une prime de prudence, et cette prime bénéficie mécaniquement à l’or.
Inflation, anticipation et couverture : pourquoi les tarifs soutiennent aussi l’or
Un angle intéressant de la semaine : la crainte que les tarifs soient inflationnistes. Mercredi 25 février, Reuters souligne que l’or progresse sur fond de couverture : si des mesures commerciales font remonter les coûts, le marché anticipe davantage d’inflation… et cherche des protections.
Bart Melek (TD Securities) résume cet enchaînement “tarifs → inflation → hedging” :
« There’s an inflationary impact from tariffs… and I think there’s also some hedging by investors, who may be turning to gold. »
C’est un point pédagogique essentiel : l’or n’est pas uniquement un “refuge de crise”, il peut aussi être une couverture quand le marché anticipe un choc de prix (énergie, importations, logistique).
Banques et projections : le marché commence à “institutionnaliser” le scénario
Cette semaine a aussi été marquée par le retour des grandes maisons de recherche dans le récit de marché. Le 25 février, Reuters rapporte que JP Morgan revoit à la hausse son cadre long terme, évoquant notamment :
- des achats de banques centrales,
- une diversification des réserves,
- et un thème de “reserve currency paradigm shift” (changement de paradigme de la monnaie de réserve).
Même si ces projections ne dictent pas le prix au jour le jour, elles ont un impact réel : elles normalisent l’idée que l’or peut rester durablement élevé si le monde se réorganise (réserves, devise, stratégies souveraines).
Analyse LCDOR
Cette semaine du 23 au 28 février 2026 confirme une lecture simple : l’or a été “repricé” comme un actif politique autant qu’économique.
- Le fait marquant, c’est le retour de l’incertitude commerciale comme moteur de marché.
Tarifs, décisions juridiques, annonces : quand le cadre devient instable, la demande refuge s’intensifie. - Le dollar reste l’interrupteur de court terme.
La hausse de l’or est puissante, mais les respirations apparaissent dès que le dollar se raffermit et que les prises de bénéfices reviennent. - La géopolitique entretient une prime “risk-off”.
Même sans bascule, l’absence de résolution claire sur le dossier Iran-États-Unis suffit à maintenir une demande de protection. - Le scénario commence à être porté par des récits institutionnels.
Quand une banque comme JP Morgan met en avant achats de banques centrales et diversification des réserves, cela renforce la légitimité du thème à moyen terme (sans pour autant supprimer la volatilité).