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Pétrole, dollar et inflation : pourquoi l’or a reculé malgré un climat de guerre ?

Panneau de prix du carburant dans un supermarché avec écran financier affichant l’évolution du dollar et du pétrole

Entre le 8 et le 14 mars 2026, les métaux précieux ont vécu une semaine plus complexe qu’il n’y paraît. À première vue, le contexte semblait favorable à l’or : guerre au Moyen-Orient, tensions sur l’énergie, nervosité sur les marchés. Pourtant, le métal jaune a terminé la semaine en baisse, pénalisé par un dollar plus fort, des anticipations de taux plus élevés plus longtemps et le retour d’une vraie inquiétude inflationniste liée au pétrole.

Le fait marquant de la semaine tient justement dans ce paradoxe : le risque géopolitique n’a pas suffi à soutenir durablement l’or, car le marché a surtout retenu les conséquences inflationnistes du conflit. En clair, la guerre a bien alimenté la demande refuge, mais elle a surtout fait grimper les prix de l’énergie, renforcé le dollar et compliqué l’idée d’une baisse prochaine des taux par la Réserve fédérale.

Le pétrole a changé la lecture du marché

Dès le 9 mars, Reuters expliquait que le conflit au Moyen-Orient poussait le pétrole près de 120 dollars le baril, avec un impact direct sur le prix de l’or. Plus l’énergie grimpe, plus le marché craint une inflation durable, et plus la Fed est susceptible de rester prudente sur les baisses de taux. Jim Wyckoff, cité par Reuters, résumait bien ce dilemme : « un conflit prolongé peut soutenir la demande refuge, mais il peut aussi peser sur l’or s’il nourrit les craintes inflationnistes et les attentes de taux élevés ».

Le World Gold Council a mis la même idée au centre de son suivi hebdomadaire du 9 mars. Son message est clair : le vrai sujet n’était plus seulement la guerre, mais la question suivante : qu’est-ce qui va céder en premier, le pétrole ou les rendements ? Le WGC note que la hausse de l’énergie et des engrais pourrait accentuer la pression sur l’inflation mondiale et compliquer les futurs assouplissements monétaires.

Pour un lecteur non spécialiste, le mécanisme est assez simple. L’or est souvent présenté comme une protection contre l’inflation, ce qui est vrai sur le long terme. Mais à court terme, si l’inflation pousse les banques centrales à garder des taux élevés, cela peut au contraire freiner l’or, car un actif sans rendement devient moins attractif face à des placements rémunérés. C’est exactement ce que le marché a intégré cette semaine.

Le dollar a repris la main sur les métaux précieux

Le deuxième facteur déterminant a été le comportement du dollar. Reuters souligne que le billet vert s’est raffermi à plusieurs reprises dans la semaine, notamment parce qu’il reste lui aussi un actif refuge dans les périodes de stress. Quand le dollar monte, l’or libellé en dollars devient mécaniquement plus cher pour les acheteurs dans les autres devises, ce qui pèse sur la demande.

Le 12 mars, Reuters rapportait une nouvelle baisse de plus de 1 % de l’or, en insistant sur trois freins principaux : la hausse du dollar, la remontée des rendements américains et l’absence de perspective claire de baisse de taux. Phillip Streible, de Blue Line Futures, résumait la semaine de façon très parlante : les éléments négatifs pour l’or venaient du dollar et des taux, tandis que le conflit au Moyen-Orient continuait malgré tout à générer quelques flux refuge.

Cette dualité explique pourquoi la lecture de la semaine a été plus technique qu’émotionnelle. La guerre ne disparaît pas de l’équation, mais elle ne suffit plus à faire monter l’or si, dans le même temps, le marché estime que les taux resteront élevés plus longtemps. Reuters, Barclays et le WGC convergent sur ce point : les risques inflationnistes liés au conflit ont durci la lecture de politique monétaire.

Inflation américaine et taux : le marché a reconsidéré la Fed

Autre élément important : les investisseurs attendaient les chiffres américains d’inflation et de consommation pour savoir si la Fed pouvait encore envisager un assouplissement cette année. Reuters indiquait dès le 9 mars que le CPI (Consumer Price Index => Indice des prix à la consommation) et le PCE (Personal Consumption Expenditures => Autre indicateur d’inflation) seraient les grands rendez-vous de la semaine. Or, au fil des publications, les données ont plutôt renforcé l’idée d’une inflation encore collante, dans un environnement déjà tendu par l’énergie.

Le 13 mars, Reuters expliquait que l’or se dirigeait vers une deuxième baisse hebdomadaire consécutive, en grande partie parce que les marchés commençaient à intégrer une politique monétaire plus restrictive que prévu. Commerzbank estimait d’ailleurs que cette perspective plus dure sur les taux était la principale raison de la pression exercée sur le métal jaune. Barclays, de son côté, a repoussé son scénario de première baisse de taux de juin à septembre 2026, en raison d’une inflation sous-jacente plus forte et des risques liés au conflit.

C’est une séquence très instructive : l’or ne baisse pas parce que le risque géopolitique disparaît, mais parce que le marché estime que ce risque nourrit une inflation plus durable. Et si l’inflation dure, la Fed attend. Ce raisonnement est devenu plus fort que le réflexe “achat refuge” sur plusieurs séances de la semaine.

L’argent a encore amplifié les mouvements

Comme souvent, l’argent a réagi de manière plus nerveuse que l’or. Reuters indique qu’il est tombé autour de 81 dollars l’once en fin de semaine, avec une baisse hebdomadaire plus marquée que celle du métal jaune. Cette différence est cohérente : l’argent est à la fois un métal d’investissement et un métal industriel, donc plus sensible aux oscillations du sentiment de marché et aux craintes sur la croissance.

Reuters mentionne aussi qu’un rapport de BMI anticipait un prix moyen de l’argent autour de 93 dollars l’once en 2026, ce qui montre que les perspectives de fond restent élevées malgré les secousses de court terme. Mais sur une semaine comme celle-ci, l’argent joue surtout le rôle d’amplificateur : quand le marché doute, il baisse plus vite ; quand il se détend, il rebondit plus fort.

Les flux ETF confirment que le socle reste solide

Même si la semaine a été difficile pour les prix, le tableau de fond reste plus robuste. Le World Gold Council a publié début mars des données montrant que les ETF adossés à l’or ont enregistré en février leur neuvième mois consécutif d’entrées nettes, avec 5,3 milliards de dollars et des encours mondiaux à un record. L’Amérique du Nord a dominé ces flux, l’Asie est restée positive et seule l’Europe a connu des sorties nettes.

Ce point est essentiel pour nuancer la lecture hebdomadaire. Oui, le prix de l’or a reculé cette semaine. Mais le WGC montre que les investisseurs continuent globalement à renforcer leurs allocations dans un environnement géopolitique et macroéconomique instable. Cela suggère que la pression observée ces derniers jours relève davantage d’un ajustement tactique que d’un changement brutal de conviction de long terme.

Analyse LCDOR

La semaine du 8 au 14 mars 2026 rappelle une règle fondamentale : le contexte de guerre ne profite pas automatiquement à l’or. Tout dépend de la manière dont les marchés traduisent cette crise. Cette fois, ils ont surtout retenu trois conséquences : pétrole plus cher, inflation plus tenace, et Fed potentiellement plus restrictive.

  1. Le premier enseignement, c’est donc que le pétrole a pris le dessus sur le réflexe refuge. Quand l’énergie grimpe fortement, le marché se projette immédiatement sur les prix, les taux et le dollar. Et si le dollar monte, l’or recule souvent, même dans un environnement tendu.
  2. Le deuxième enseignement concerne la politique monétaire. Les publications de la semaine, combinées aux commentaires des analystes et banques, ont renforcé l’idée que la Fed pourrait attendre plus longtemps avant de baisser ses taux. C’est cette révision des attentes qui a réellement pesé sur le métal jaune.
  3. Enfin, le troisième point à retenir est que les fondamentaux d’allocation restent présents. Les flux ETF recensés par le World Gold Council montrent que l’intérêt de fond pour l’or n’a pas disparu. Ce que l’on a vu cette semaine ressemble davantage à une pression macro de court terme qu’à un renversement structurel du marché des métaux précieux.

À retenir cette semaine

  • Le pétrole a ravivé les craintes inflationnistes

  • Le dollar s’est renforcé

  • Le marché a revu les attentes de baisse de taux de la Fed

  • L’or a donc reculé malgré le contexte géopolitique

  • Les flux ETF restent néanmoins solides sur le fond

Analyse rédigée par l’équipe LCDOR, spécialiste des métaux précieux depuis 2017

Cet article est rédigé à partir d’un suivi hebdomadaire des marchés de l’or, de l’argent et les facteurs macroéconomiques.

Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et analytique. Elles ne constituent pas un conseil en investissement.

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