Blog de l’Or et des Métaux Précieux
Le pétrole dicte encore le tempo : l’or rebondit, sans effacer le doute
Entre le 21 et le 28 mars 2026, les métaux précieux ont traversé une semaine très nerveuse. L’or a d’abord prolongé sa baisse, touchant un plus bas de quatre mois en début de semaine, avant de rebondir vivement vendredi grâce au dip-buying (stratégie de trading qui consiste à acheter un actif après une baisse de son prix), à un dollar plus souple et à l’espoir d’une détente partielle au Moyen-Orient. Mais ce rebond n’a pas suffi à effacer la tendance de fond : le métal jaune restait en route pour une quatrième baisse hebdomadaire consécutive, dans un marché dominé par le pétrole, l’inflation et les anticipations de taux.
À retenir cette semaine
- L’or a touché un plus bas de quatre mois en début de semaine avant de rebondir fortement vendredi.
- Le pétrole et le dollar ont continué de peser sur les métaux précieux via les craintes d’inflation et de taux élevés.
- Les discussions autour d’un possible cessez-le-feu avec l’Iran ont temporairement détendu le marché mercredi.
- L’argent est resté plus volatil que l’or, avec des séances de baisse marquée puis de rattrapage.
- En Asie, la baisse des prix a réveillé un peu la demande en Inde, tandis que la demande physique a ralenti en Chine.
Rendements, dollar, Fed : le vrai poids de la semaine
Le début de semaine a confirmé le scénario installé depuis mi-mars : la guerre au Moyen-Orient n’a pas d’abord soutenu l’or, elle a surtout entretenu la hausse du pétrole et donc les craintes d’inflation. Mardi 24 mars, Reuters notait que l’or avait prolongé sa baisse, tombant à son plus bas niveau depuis novembre, sous l’effet d’un dollar plus ferme et d’anticipations de taux plus élevés plus longtemps.
Le World Gold Council a résumé cette phase dans son Weekly Markets Monitor du 23 mars : selon lui, les principaux moteurs de la faiblesse de l’or étaient la remontée des rendements réels, l’idée que les taux pourraient même remonter en 2026, ainsi que des phénomènes de deleveraging et de prises de bénéfices. Le WGC ajoute que la vitesse du mouvement rappelait certains épisodes de stress où la liquidité prend temporairement le dessus sur les fondamentaux.
Cette lecture a aussi été renforcée par une enquête Reuters publiée le 26 mars : si le marché avait quasiment exclu toute baisse de taux cette année et intégré près de 30 % de probabilité d’une hausse, les économistes interrogés continuaient, eux, à prévoir une Fed en pause jusqu’en septembre puis au moins une baisse en fin d’année. Ce décalage entre le pricing du marché et le scénario des économistes a entretenu l’incertitude sur les métaux précieux.
Quand le pétrole respire, l’or se redresse
Le point de bascule est venu mercredi 25 mars. Reuters rapporte que l’or a repris près de 2 %, aidé par un recul du pétrole qui a calmé, au moins temporairement, les craintes d’inflation. Dans le même temps, des discussions autour d’une proposition américaine adressée à l’Iran ont nourri l’idée d’une possible désescalade, même si rien n’était encore réglé.
Peter Grant, stratégiste senior chez Zaner Metals, expliquait alors que ce rebond tenait à la fois à une reprise technique et à un certain apaisement sur le front énergétique. Son point est central : tant que le pétrole baisse, la pression sur l’inflation se relâche, ce qui rend les taux élevés un peu moins menaçants pour l’or. Autrement dit, le marché ne traitait pas seulement la guerre en termes géopolitiques, mais surtout via son effet sur l’énergie.
Cette détente n’a pourtant pas duré. Jeudi 26 mars, Reuters notait à nouveau une baisse nette de l’or, à mesure que les investisseurs réévaluaient les chances d’un cessez-le-feu réel. Dans le même temps, le pétrole repartait, ravivant les craintes de tensions durables sur l’offre et donc de nouvelles pressions inflationnistes.
Une valeur refuge qui reste contestée à court terme
L’un des enseignements les plus intéressants de la semaine est venu d’Intesa Sanpaolo, cité par Reuters. Les analystes de la banque estimaient que les mouvements spéculatifs des derniers trimestres avaient temporairement affaibli la fonction refuge de l’or et de l’argent, la quête de liquidité ayant poussé les investisseurs à vendre aussi les métaux au début du conflit. Reuters rappelle d’ailleurs que l’or avait perdu 17 % depuis le début de la guerre déclenchée le 28 février.
Vendredi 27 mars, le marché a toutefois montré qu’un socle d’acheteurs restait présent. Reuters rapporte que l’or a bondi de plus de 3 % grâce au dip-buying, après avoir brièvement cassé des niveaux techniques majeurs. Daniel Pavilonis, chez RJO Futures, soulignait que le passage sous la moyenne mobile à 200 jours avait justement attiré des acheteurs opportunistes. Cela ne signifie pas que le marché est redevenu serein, mais plutôt qu’il s’est trouvé un point d’entrée après une correction jugée excessive.
L’Asie apporte un peu de soutien, sans renverser la tendance
Sur le terrain physique, la fin de semaine a apporté un signal plus nuancé. Reuters indique qu’en Inde, la baisse récente des prix a ravivé un peu la demande, même si beaucoup d’acheteurs restaient prudents et attendaient une correction plus large. Les remises accordées par les négociants se sont resserrées, signe d’un léger retour d’intérêt.
En Chine, en revanche, les primes ont reculé, ce qui suggère une demande physique moins vigoureuse. Bernard Sin, de MKS PAMP, expliquait néanmoins que le marché restait soutenu par les achats de banque centrale et par les contraintes locales d’offre. Cela veut dire que la demande physique n’a pas disparu, mais qu’elle ne suffit pas, à elle seule, à inverser une tendance mondiale dominée par le dollar, les taux et le pétrole.
L’argent, lui, a encore montré son caractère plus nerveux. Jeudi il chutait fortement avec le reste du complexe précieux, avant de rebondir vendredi avec l’or. C’est cohérent avec sa double nature : métal d’investissement et métal industriel, donc encore plus sensible que l’or aux changements de sentiment de marché.
Analyse LCDOR
Cette semaine du 21 au 28 mars 2026 montre que l’or reste pris dans un triangle très clair : pétrole, dollar, taux. Tant que le conflit au Moyen-Orient est surtout lu comme une source d’inflation énergétique, la valeur refuge ne suffit pas à faire monter durablement le métal jaune. C’est le grand message de cette fin mars.
Le deuxième enseignement, c’est que le marché a commencé à tester la solidité du support fondamental de l’or. Le WGC parle explicitement de “testing gold’s resolve”, et la semaine lui donne raison : malgré une pression très forte liée aux rendements et au dollar, des acheteurs sont revenus dès que la correction a semblé trop profonde. Cela plaide davantage pour un marché fragilisé que pour un marché cassé.
Le troisième point, enfin, concerne la lecture à court terme des métaux précieux. L’or reste un actif stratégique, mais à l’échelle hebdomadaire il est désormais très dépendant de la trajectoire du pétrole et des anticipations de banque centrale. L’argent, lui, continue de sur-amplifier tous ces mouvements.
Cette semaine, le marché n’a pas arbitré entre “guerre” et “paix”, il a arbitré entre inflation durable et détente monétaire possible. Et pour l’instant, ce combat reste totalement ouvert.
Sources de l’analyse
Analyse rédigée par l’équipe LCDOR, spécialiste des métaux précieux depuis 2017
Cet article est rédigé à partir d’un suivi hebdomadaire des marchés de l’or, de l’argent et les facteurs macroéconomiques.
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et analytique. Elles ne constituent pas un conseil en investissement.