Blog de l’Or et des Métaux Précieux
Le dollar recule, l’or rebondit : une semaine suspendue entre pétrole, cessez-le-feu et baisse des taux
À retenir cette semaine
- L’or a rebondi de plus de 3 % lundi, tout en restant sur sa pire séquence mensuelle depuis 2008.
- Le dollar plus faible a soutenu le métal jaune en début de semaine.
- Les marchés ont surveillé de près les espoirs de désescalade avec l’Iran, sans vraie certitude durable.
- Le pétrole élevé et les craintes d’inflation ont continué de limiter le rebond.
- L’argent est resté plus volatil que l’or, dans un marché encore très nerveux.
Un rebond technique, mais après un mois de mars historiquement brutal
Le point de départ de la semaine est important : l’or sortait d’un mois de mars extrêmement difficile. Reuters indiquait le 31 mars que le métal jaune se dirigeait vers sa pire performance mensuelle depuis 2008, avec une baisse de plus de 14 % depuis le début du mois, dans un contexte dominé par la flambée de l’énergie, le dollar fort et l’effacement des espoirs de baisse de taux.
Lundi 30 mars, Reuters rapporte que l’or a progressé pour une deuxième séance consécutive, soutenu par un climat toujours tendu au Moyen-Orient. Mais le papier insiste déjà sur la limite du mouvement : malgré ce rebond, le marché restait marqué par les dégâts du mois et par l’idée que le conflit avec l’Iran frappait les métaux surtout via l’énergie et l’inflation, plus que via un simple réflexe refuge.
Ce détail est central. L’or a bien retrouvé des acheteurs, mais dans un contexte où le marché ne redevient pas franchement optimiste. Il cherche surtout à savoir si la baisse de mars est allée trop loin, et si le pire du choc énergétique est déjà dans les prix. Cette logique de “rattrapage prudent” explique le ton de la semaine.
Le dollar a desserré son étreinte, et cela a suffi à relancer l’or
Le facteur le plus favorable aux métaux précieux cette semaine a été le reflux du dollar. Reuters note le 1er avril que l’or a prolongé ses gains grâce à un billet vert plus souple, tandis que le marché restait focalisé sur l’évolution du dossier iranien. Quand le dollar baisse, l’or devient plus accessible pour les acheteurs hors zone dollar, ce qui soutient mécaniquement la demande.
Ce soutien monétaire est venu se combiner à un autre élément : le marché a commencé à penser qu’après la chute de mars, certaines positions vendeuses devenaient excessives. Kitco relevait ainsi le 2 avril que l’or restait en voie de gain hebdomadaire, mais dans un marché toujours prudent, les analystes estimant que la reprise pouvait rester limitée tant que les craintes sur le pétrole et les taux ne disparaissaient pas.
Autrement dit, la baisse du dollar a aidé, mais elle n’a pas suffi à transformer l’environnement. Le marché est resté partagé entre deux scénarios :
- un rebond soutenu par un dollar plus faible et un apaisement relatif,
- ou une reprise rapidement freinée par le pétrole et les anticipations de taux.
Iran, pétrole et inflation : le cœur du problème reste énergétique
La semaine a aussi montré que le marché continuait de lire l’actualité géopolitique à travers un prisme très concret : les prix de l’énergie. Le World Gold Council résumait déjà, dans son Weekly Markets Monitor publié le 30 mars, que la semaine précédente avait été dominée par la géopolitique et la hausse de l’énergie, avec des craintes de stagflation et des premiers signes de ralentissement sur plusieurs indicateurs d’activité.
Dans ce cadre, même un possible apaisement diplomatique avec l’Iran n’était pas interprété comme une solution immédiate. Reuters précisait le 1er avril que les marchés restaient concentrés sur la guerre, même avec des espoirs de désescalade. Puis le 2 avril, Reuters indiquait explicitement qu’il n’y aurait pas de point de marché métaux précieux le 3 avril, en raison de la fermeture de la plupart des marchés pour le Vendredi saint. Cela a coupé la semaine au moment même où les investisseurs attendaient plus de clarté sur le front iranien.
Cette absence de visibilité a entretenu un marché sous arbitrage. Tant que le pétrole reste élevé, le risque inflationniste pèse sur la perspective de baisses de taux rapides. Et tant que cette perspective reste floue, l’or rebondit… sans retrouver une dynamique vraiment solide. Kitco résumait bien cette situation le 2 avril : l’or tenait ses gains hebdomadaires, mais les craintes liées au pétrole et aux taux limitaient nettement l’upside.
L’argent reste le métal le plus sensible à la nervosité du marché
Comme souvent, l’argent a encore amplifié les mouvements du marché. Reuters rapportait le 30 mars que l’Allemagne avait décidé de réduire la teneur en argent de certaines pièces de collection, précisément en raison de la volatilité et des coûts élevés du métal. Le papier rappelle aussi que l’argent, après avoir flambé en 2025, était retombé autour de 71 dollars l’once sous la pression de la guerre en Iran et de la correction du complexe précieux.
Ce n’est pas un détail anecdotique. Cela montre que la volatilité de l’argent est devenue suffisamment forte pour produire des effets concrets hors des marchés, jusque dans les politiques monétaires et numismatiques publiques. Et cela confirme une tendance bien connue : dans un environnement mêlant risque géopolitique, inflation, dollar et spéculation, l’argent réagit plus brutalement que l’or.
Pour un lecteur LCDOR, c’est un rappel utile : l’argent n’est pas seulement un “or plus abordable”. C’est un métal plus cyclique, plus industriel, et donc souvent plus exposé aux secousses de court terme. Cette semaine encore, le marché l’a traité comme un actif plus nerveux, plus dépendant du sentiment que du seul statut de valeur refuge.
Analyse LCDOR
La semaine du 29 mars au 4 avril 2026 n’a pas annulé la violence de mars, mais elle a montré qu’un rebond restait possible dès que le dollar se replie et que le marché commence à douter du scénario le plus négatif. Reuters et Kitco convergent sur ce point : la reprise du métal jaune a surtout été portée par l’effet de change et par un certain rachat de positions après une correction jugée excessive.
Le second enseignement, c’est que le vrai cœur du marché reste le pétrole. Tant que le conflit au Moyen-Orient est lu comme une source d’inflation énergétique, toute reprise de l’or restera fragile. Le World Gold Council parle explicitement de pressions stagflationnistes, et c’est probablement la meilleure grille de lecture de cette fin mars-début avril.
Enfin, le troisième point, c’est que le marché manque toujours de certitudes monétaires. Entre ce que price le marché et ce que continuent d’anticiper certains économistes sur la Fed, le brouillard reste épais. Dans ce genre d’environnement, les métaux précieux peuvent rebondir vite, mais aussi être stoppés brutalement dès que le dollar, les rendements ou le pétrole repartent dans le mauvais sens. C’est ce qui fait de cette semaine non pas un retournement, mais un répit fragile.
Sources de l’analyse
Analyse rédigée par l’équipe LCDOR, spécialiste des métaux précieux depuis 2017
Cet article est rédigé à partir d’un suivi hebdomadaire des marchés de l’or, de l’argent et les facteurs macroéconomiques.
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et analytique. Elles ne constituent pas un conseil en investissement.