Blog de l’Or et des Métaux Précieux
Fed, pétrole et dollar fort : la semaine où l’or a cessé d’être porté par la seule peur
Entre le 15 et le 21 mars 2026, le marché des métaux précieux a confirmé un changement de régime déjà visible début mars : la géopolitique ne suffit plus, à elle seule, à faire monter l’or. Malgré une guerre toujours active au Moyen-Orient, le métal jaune a enchaîné les replis, sous la pression d’un dollar plus fort, de rendements américains en hausse et d’un discours monétaire redevenu plus dur après la réunion de la Fed. Reuters souligne que l’or est tombé à un plus bas de plus d’un mois après la décision de la banque centrale américaine, puis a prolongé sa baisse jusqu’à signer une troisième semaine consécutive de recul.
Le fait marquant de la semaine est donc clair : les marchés ont privilégié la lecture “inflation + taux élevés” plutôt que la lecture “valeur refuge”. Le conflit continue d’alimenter les prix de l’énergie, mais cette hausse du pétrole est désormais interprétée comme un frein potentiel à toute baisse de taux rapide. Et quand le marché revoit à la hausse la durée des taux élevés, l’or et surtout l’argent deviennent plus vulnérables à court terme.
La Fed a figé le marché : taux inchangés, inflation encore trop haute
Le tournant de la semaine a été la réunion de la Réserve fédérale américaine. Reuters rapporte que la Fed a bien laissé ses taux inchangés, comme prévu, mais en soulignant une inflation toujours “somewhat elevated” et sans donner de signal clair sur le calendrier de la prochaine baisse. Les projections de la banque centrale n’anticipent plus qu’une seule baisse de taux cette année, dans un climat que Jerome Powell lui-même a décrit comme très incertain à cause de la guerre.
Ce point est essentiel pour comprendre la réaction de l’or. En théorie, un contexte géopolitique tendu soutient les achats de protection. Mais en pratique, si la banque centrale laisse entendre que les taux vont rester élevés plus longtemps, cela renforce le dollar et augmente le coût d’opportunité de l’or, qui ne verse pas de rendement. C’est précisément ce qui a pesé sur les prix au lendemain de la Fed. Reuters note qu’après la décision, l’or a touché son plus bas niveau depuis le 6 février.
Pétrole au-dessus de 110 dollars : l’énergie nourrit les craintes inflationnistes
Le deuxième moteur de la semaine a été l’énergie. Reuters indique que le Brent a dépassé les 110 dollars le baril après des attaques visant des infrastructures énergétiques au Moyen-Orient. Cette flambée a immédiatement ravivé les craintes d’inflation, non seulement aux États-Unis mais aussi en Europe, ce qui a renforcé les anticipations de politiques monétaires plus restrictives plus longtemps.
Le World Gold Council va dans le même sens dans son Weekly Markets Monitor publié cette semaine. L’institution résume le contexte en quelques lignes très parlantes : les marchés actions ont reculé, tandis que les rendements américains, le dollar et le pétrole ont progressé, et l’or a baissé à mesure que les investisseurs ajustaient leurs attentes sur la future trajectoire de la Fed. Autrement dit, le marché n’a pas ignoré la guerre, mais il a surtout retenu son effet inflationniste.
Pour un lecteur LCDOR, c’est un point pédagogique clé : une crise géopolitique n’aide pas automatiquement l’or. Si cette crise fait surtout monter l’énergie, et donc le risque d’inflation, elle peut au contraire soutenir le dollar et les taux… ce qui pèse sur les métaux précieux à court terme.
Dollar et rendements : les véritables arbitres de la semaine
Vendredi 20 mars, Reuters rapporte que l’or a encore cédé 1,8 % après un article évoquant l’envoi de troupes américaines supplémentaires au Moyen-Orient. Réaction paradoxale en apparence : davantage de tension militaire, mais baisse de l’or. En réalité, le marché a immédiatement anticipé une poursuite de la hausse des prix de l’énergie, donc une inflation plus forte, et donc des taux durablement élevés. Résultat : le dollar et les rendements du Trésor ont continué de progresser, ce qui a neutralisé l’effet refuge. L’analyste Tai Wong, cité par Reuters, a résumé l’ambiance de fin de semaine de façon très juste :
“Metals are especially wobbly after this week’s aggressive drawdown on rate hike fears. It should consolidate soon but it will be a bumpy ride.”
Cette citation est importante parce qu’elle ne parle pas seulement de baisse, mais de fragilité de positionnement. Le marché n’est pas en train de renoncer aux métaux précieux sur le long terme ; il est en train de purger brutalement une partie de ses positions, dans un environnement où le dollar et les taux dictent le tempo jour après jour.
L’argent a encore sur-réagi : plus cyclique, plus nerveux
Comme souvent dans les phases de tension macroéconomique, l’argent a amplifié le mouvement. Reuters note qu’il a perdu 4,8 % vendredi 20 mars, à 69,39 dollars l’once, et qu’il s’orientait lui aussi vers une baisse hebdomadaire marquée, tout comme le platine et le palladium.
Cette sur-réaction n’a rien d’anormal. L’argent a une double nature : métal d’investissement, mais aussi métal industriel. Quand les marchés craignent à la fois une inflation plus persistante et un ralentissement économique lié au choc énergétique, l’argent devient plus vulnérable que l’or. C’est ce qui explique pourquoi, dans la plupart des épisodes de tension de mars 2026, il a baissé plus vite et plus fort que le métal jaune.
Les banques centrales n’ont pas rassuré : elles gardent l’option du durcissement
Reuters ajoute un élément important pour la suite : plusieurs grandes banques centrales développées ont laissé leurs taux inchangés cette semaine, mais ont aussi indiqué qu’elles restaient prêtes à agir contre l’inflation si le choc énergétique se prolongeait. Le marché a ainsi commencé à voir un risque plus élevé d’actions plus fermes non seulement de la Fed, mais aussi de la BCE et de la Banque d’Angleterre, potentiellement dès avril selon certaines grandes maisons.
C’est une évolution de fond à surveiller, car elle change la hiérarchie des moteurs de marché. Tant que les banques centrales semblent plus préoccupées par l’inflation que par le ralentissement économique, les métaux précieux ont plus de mal à transformer un choc géopolitique en hausse durable. Le WGC le suggère aussi : la liquidité de l’or reste un avantage, mais dans une phase de tensions financières plus larges, cette liquidité peut aussi provoquer des ventes tactiques.
Analyse LCDOR
Cette semaine du 15 au 21 mars 2026 confirme un point essentiel : le marché de l’or n’est pas guidé par la peur seule, mais par la façon dont cette peur modifie les anticipations de taux, de dollar et d’inflation. La guerre au Moyen-Orient reste le décor principal, mais ce décor agit surtout à travers le pétrole et l’inflation, pas uniquement à travers le réflexe refuge.
Le premier enseignement, c’est donc que la Fed a redonné la priorité au coût de l’argent. En restant prudente et en reconnaissant une inflation toujours trop haute, elle a renforcé la lecture “higher for longer”, clairement négative pour l’or à court terme.
Le deuxième, c’est que le pétrole au-dessus de 110 dollars a écrasé le narratif refuge. Tant que l’énergie nourrit l’inflation, les marchés peuvent préférer acheter du dollar plutôt que de l’or, même en période de conflit. C’est contre-intuitif, mais c’est exactement ce qui s’est produit cette semaine.
Enfin, le troisième enseignement concerne l’argent : il reste le métal le plus exposé aux à-coups de sentiment. Dans un environnement mêlant guerre, inflation, taux et ralentissement, il réagit encore plus violemment que l’or, à la hausse comme à la baisse.
À retenir cette semaine
- La Fed a maintenu ses taux et conforté un scénario de taux élevés plus longtemps.
- Le pétrole au-dessus de 110 $ a ravivé les craintes d’inflation.
- Le dollar et les rendements américains ont progressé, pesant sur l’or.
- L’or a signé une troisième semaine de baisse malgré le contexte géopolitique.
- L’argent a encore été plus volatil et plus touché que l’or.
- Le marché lit désormais la guerre surtout à travers son impact énergétique et monétaire.
Sources de l’analyse
Analyse rédigée par l’équipe LCDOR, spécialiste des métaux précieux depuis 2017
Cet article est rédigé à partir d’un suivi hebdomadaire des marchés de l’or, de l’argent et les facteurs macroéconomiques.
Les informations présentées dans cet article sont fournies à titre informatif et analytique. Elles ne constituent pas un conseil en investissement.