Blog de l’Or et des Métaux Précieux
Dollar, emploi américain et tensions au Moyen-Orient : pourquoi l’or a repris de la hauteur cette semaine
Entre le 28 février et le 7 mars 2026, le marché des métaux précieux a retrouvé un schéma très lisible : la géopolitique a soutenu la demande refuge, tandis que les statistiques américaines ont ravivé le débat sur les taux, avec un dollar plus hésitant en fin de semaine. Résultat : l’or a repris de la hauteur après une phase de consolidation, alors que l’argent, plus nerveux, a suivi avec des variations plus marquées.
Le fait marquant de la semaine, ce n’est pas un seul chiffre ou une seule annonce. C’est plutôt la superposition de deux forces opposées : d’un côté, la flambée du risque géopolitique au Moyen-Orient, qui favorise les achats de protection ; de l’autre, la remontée des craintes inflationnistes via l’énergie, qui peut retarder les baisses de taux et donc peser ponctuellement sur l’or via le dollar et les rendements.
Géopolitique : l’or redevient un actif-refuge très recherché
Le début de semaine a été dominé par l’escalade au Moyen-Orient. Reuters rapporte que l’or a progressé de plus de 1% le 4 mars dans un contexte d’intensification du conflit entre Israël, les États-Unis et l’Iran, avec des flux de marché clairement orientés vers les valeurs refuges.
Le World Gold Council emploie lui-même l’expression “crisis hedge” dans son suivi hebdomadaire, ce qui est très parlant : dans ce type de climat, l’or est traité comme une couverture contre les chocs géopolitiques et les perturbations de marché. Le WGC souligne d’ailleurs que la montée des tensions a perturbé des routes énergétiques et logistiques clés, augmentant les risques pour l’économie mondiale et les marchés financiers.
Cette lecture est importante pour un lecteur non spécialiste : l’or ne monte pas seulement parce qu’il “fait peur” ou parce qu’il est symboliquement rassurant. Il monte aussi parce qu’en période de conflit, les investisseurs cherchent des actifs qui conservent une valeur perçue forte quand la visibilité économique se dégrade.
Pétrole, inflation et dollar : un soutien pour l’or… mais pas sans tension
Le paradoxe de la semaine, c’est que la même crise géopolitique qui soutient l’or a aussi fait remonter le pétrole, ce qui a ravivé les craintes d’inflation. Reuters indique que les frappes et la fermeture du détroit d’Ormuz ont contribué à une hausse marquée du brut, ce qui a renforcé le dollar et les rendements américains par moments. Dans ce contexte, l’or a reculé fortement le 3 mars, malgré son statut de valeur refuge.
Cette baisse peut sembler contre-intuitive, mais elle s’explique bien. Quand les marchés anticipent une inflation plus persistante, ils peuvent aussi penser que la Fed gardera des taux élevés plus longtemps. Or, des taux réels plus hauts et un dollar plus fort réduisent l’attrait de l’or à très court terme, puisqu’il ne verse pas de rendement.
Reuters résume bien cette mécanique dans son papier du 3 mars : la hausse du dollar et des rendements, nourrie par les craintes inflationnistes, a freiné les achats d’or malgré le contexte de guerre. C’est exactement le type de semaine où l’on voit que l’or peut être à la fois porté par la peur et freiné par la politique monétaire attendue.
Emploi américain : la surprise de fin de semaine a changé le ton
Le basculement le plus net est venu vendredi 6 mars avec le rapport sur l’emploi américain. Reuters rapporte que l’économie américaine a détruit 92 000 emplois en février et que le taux de chômage est monté à 4,4%, une surprise négative qui a affaibli le dollar et relancé les anticipations de baisse de taux.
Ce type de publication a un impact immédiat sur les métaux précieux. Si le marché estime que la Fed pourrait baisser ses taux plus tôt ou plus franchement, l’or redevient mécaniquement plus attractif. Reuters précise d’ailleurs qu’après cette statistique, les marchés monétaires ont renforcé leurs attentes de détente monétaire, ce qui a pesé sur le billet vert.
On retrouve ici un mécanisme très pédagogique :
- emploi plus faible que prévu ;
- dollar plus faible ;
- espoir de baisse de taux ;
- soutien aux métaux précieux.
C’est l’un des schémas les plus classiques sur l’or, et il a parfaitement fonctionné cette semaine.
L’argent : toujours plus sensible aux à-coups de marché
Comme souvent, l’argent a amplifié les mouvements observés sur l’or. Reuters note qu’au plus fort du stress du 3 mars, l’argent a chuté beaucoup plus fortement que l’or, avec une baisse de 6,6% sur la séance évoquée.
Cela confirme encore une fois la nature particulière de l’argent : il est à la fois métal d’investissement et métal industriel. Dans les phases de stress intense, il peut réagir plus violemment, car il est plus sensible à la fois au sentiment de marché et aux anticipations économiques. Quand le marché hésite entre ralentissement, inflation, conflit géopolitique et politique monétaire, l’argent devient souvent le métal le plus instable du groupe.
Analyse LCDOR
Cette semaine du 28 février au 7 mars 2026 montre très bien que l’or reste au croisement de plusieurs forces, parfois contradictoires.
D’abord, la géopolitique a clairement soutenu la demande refuge. Reuters et le World Gold Council convergent sur ce point : l’escalade au Moyen-Orient a replacé l’or au centre des stratégies de couverture.
Ensuite, la flambée du pétrole a rappelé que la peur inflationniste peut aussi freiner l’or à court terme. C’est l’un des enseignements les plus utiles de la semaine : une crise ne pousse pas toujours l’or en ligne droite si elle renforce en même temps le dollar et les taux.
Enfin, le rapport sur l’emploi américain a changé le ton en fin de semaine. La surprise négative sur les créations d’emplois a rouvert un scénario plus favorable aux métaux précieux en affaiblissant le dollar et en redonnant du poids à l’hypothèse de baisses de taux.
Cette semaine n’a pas seulement confirmé le rôle de l’or comme valeur refuge. Elle a aussi rappelé qu’en 2026, le métal jaune reste profondément dépendant de la lecture que le marché fait du triptyque géopolitique, inflation, politique monétaire. Et c’est précisément cette interaction qui explique pourquoi les mouvements ont été aussi rapides sur l’or… et encore plus nerveux sur l’argent.